Pour accélérer la transition énergétique, les producteurs indépendants d’énergies renouvelables doivent avoir accès au marché.

18 avril 2019
Actualités, Nos dernières actualités

Des énergies renouvelables moins chères mais un développement encore trop lent

C’était le pari de Sun’R, pionnier du photovoltaïque, lors de sa création en 2007 : les énergies renouvelables ont tenu leur promesse de compétitivité.

Comme le relève la CRE, le coût des investissements solaires a baissé en moyenne de 32 % en 3 ans, pour atteindre entre 62 et 99 €/MWh sur le dernier appel d’offres. Cependant, en 2018, le solaire photovoltaïque ne couvre encore que 2,1 % de la consommation électrique française, l’éolien 5,8 % et la biomasse 0,5 % !

Des chiffres très modestes qui reflètent une progression plutôt lente du poids des EnR dans le mix énergétique français, desservie par des objectifs jusqu’à récemment peu ambitieux au pays de l’atome.

Changer nos modes de consommation, une injonction

Face à l’urgence climatique, injonction est faite aux consommateurs de faire évoluer leurs habitudes pour orienter le marché. Nicolas Hulot appelait ainsi la société civile à un « sursaut » en claquant la porte du gouvernement. Dans le cas de la consommation électrique, cela reste aujourd’hui difficile.

Les particuliers sont conscients de l’urgence, comme en témoigne le succès de la pétition pour le climat (2 millions de signatures, la plus importante à ce jour). Cependant, le mouvement des gilets jaunes nous indique que la marge de manœuvre s’avère réduite en matière de fiscalité écologique : dans un contexte de crise économique, les consommateurs ne sont pas enclins à porter seuls la charge du financement de la transition énergétique.

Les regards se portent donc sur les gros consommateurs : les entreprises et collectivités, qui représentent près de deux tiers de la consommation française d’électricité. En première ligne dans la lutte contre le changement climatique, ils concentrent des attentes croissantes, de la part de leurs clients et du grand public.

Les marges de manœuvre financières des consommateurs, petits ou grands, étant limitées, il faut agir à la racine, sur les modes de consommation et parmi eux, les choix des consommateurs en matière d’approvisionnement en électricité.

Les consommateurs, prisonniers du mix énergétique français

Pour s’émanciper d’un mix énergétique carboné et générateur de déchets, trois options s’offrent aujourd’hui aux entreprises :

Opter pour les offres dites “vertes”, qui consistent à compenser l’achat d’électricité par des “Garanties d’Origines”. La Norvège émet le quart des GO en Europe, qui ne contribuent aucunement au développement des énergies renouvelables sur le territoire français.
Et quand bien même certaines GO sont produites en France, l’absence de simultanéité entre la production électrique de ces GO et leur consommation effective par les consommateurs – les GO peuvent être « consommées » dans le mois qui suit leur production alors qu’aucun système de stockage électrique n’est mis en place ! – retire toute crédibilité à ce système qui, ne reflétant pas les flux physiques échangés à chaque instant, refoule durablement la question du traitement de l’intermittence des énergies renouvelables, pourtant essentielle à une transition énergétique réussie.

Ce faisant, le système actuel des GO n’est pas – ou n’est plus – un élément de traction pour le développement des EnR, mais constitue au contraire une commodité qui entrave leur développement, car elle empêche une véritable traçabilité spatiale et temporelle de l’électricité produite ou consommée. Au point que l’ADEME introduit dorénavant des notions d’offre « vert premium », basées essentiellement sur la consommation en direct d’énergie issue de centrales hydrauliques ou de centrales éoliennes en fin de vie. Un modèle qui n’est pas extensible, du fait du caractère opportuniste de l’exploitation de la production de centrales existantes déjà amorties et des faibles possibilités de développement de capacités additionnelles d’énergie hydraulique en France ;

Recourir à un achat direct d’énergie renouvelable de longue durée (15 à 20 ans) auprès d’un producteur (PPA privé, pour “Power Purchase Agreement”). Une option a priori intéressante, mais qui peine à émerger et à convaincre quant à son effet sur le développement de nouvelles capacités de production d’énergie. Simple constat : en France, à ce jour, aucun corporate PPA impliquant de nouvelles capacités n’a été signé.

Recourir à l’autoconsommation. Certains sites industriels peuvent en effet également recourir à l’autoconsommation, sous réserve de disposer d’une emprise foncière suffisante. Une solution séduisante et vertueuse, qui se heurte néanmoins à de nombreux obstacles, économiques, juridiques et fiscaux, illustrés par l’échec du dernier appel d’offre organisé par le régulateur pour cette catégorie de projet.Les gros consommateurs que sont les entreprises et collectivités disposent donc jusqu’à présent de peu de levier pour impulser, par leur consommation, une inflexion de la production électrique vers les renouvelables.

La vente en direct du producteur au consommateur, une 3e voie ?

Une option mérite d’être envisagée : la vente de l’électricité verte des producteurs indépendants, directement au consommateur.

Une telle possibilité pourrait s’avérer aujourd’hui possible avec l’utilisation de la blockchain, une technologie qui permet de certifier en temps réel l’origine de l’électricité consommée .L’objectif est de permettre aux entreprises de consommer l’électricité verte produite localement, au maximum de la capacité de production des centrales renouvelables. La part d’électricité verte ainsi consommée serait supérieure à celle présente dans le mix électrique français, et augmenterait progressivement au fur et à mesure du développement de nouveaux moyens de production.

Avantage pour le consommateur : cette solution s’apparenterait à une consommation directe, mais au prix de marché, et sans l’inconvénient de l’engagement sur 15 à 20 ans.

Avantage pour les producteurs d’énergies renouvelables : trouver une alternative à la revente de leur électricité sur les marchés de gros de l’électricité et au quasi-monopole d’EDF, et valoriser localement la production de leurs centrales. Un critère important pour faciliter l’acceptabilité de ces projets, et le développement de futurs moyens de production.

Avantage pour la collectivité : refléter la réalité de l’intermittence des EnR aux consommateurs ; ces derniers, les mieux placés pour adapter leur consommation en fonction de cette information nouvellement mise à leur disposition, favoriseront ainsi une meilleure pénétration des EnR dans le mix de production local.

Pour les entreprises, l’achat en direct représenterait aussi un véritable levier pour consommer plus d’énergies renouvelables produites localement, en envoyant un signal clair aux pouvoirs publics en faveur de leur développement. En effet, compte tenu de l’état actuel des moyens de production EnR disponibles, la totalité de la production renouvelable pourrait être rapidement absorbée par les entreprises sur le territoire.

La réalité d’un mix territorial qui peine à couvrir la demande des consommateurs aurait un effet de levier autrement plus puissant que la fausse promesse d’offres “100% vertes” basées sur les garanties d’origines.

Pour les producteurs comme pour les entreprises, la vente en direct du producteur au consommateur, appliquée au monde de la fourniture d’électricité, serait un moyen de mettre fin au greenwashing et passer à l’acte en faveur de la transition énergétique.

 

Par Antoine Nogier, Fondateur de Volterres